Entre le phénomène HYROX ®, en pleine explosion, et le CrossFit, solidement installé depuis plus d’une décennie, les comparaisons sont devenues inévitables.
Sur les réseaux sociaux comme dans les salles d’entraînement, les débats sont parfois musclés entre le HYROX ® et le CrossFit. Pourtant, derrière les clichés et les rivalités, ces deux disciplines pourraient bien avoir plus à gagner ensemble qu’à s’opposer. D’un côté, un format de course standardisé qui attire un public toujours plus large. De l’autre, une méthodologie d’entraînement complète qui a transformé la préparation physique moderne. Deux visions du fitness qui, au fond, ne poursuivent pas exactement le même objectif.
Une guerre surtout alimentée par les clichés
Depuis l’essor rapide du HYROX ®, les piques fusent : certains reprochent aux CrossFitters de « ne pas aimer courir », quand d’autres accusent les adeptes du fitness racing de « fuir les charges lourdes ». À cela s’ajoutent des critiques plus profondes : HYROX ® serait une copie simplifiée, tandis que le CrossFit serait devenu dépassé.
Pourtant, pour Willy Georges, seul Français à avoir participé aux CrossFit Games en Élite, cette opposition n’a pas vraiment lieu d’être avoue-t-il pour L’Equipe :
« J’avoue que je ne comprends pas cette guéguerre. L’Hyrox, c’est un workout de CrossFit, comme le Murph. Tous les CrossFitters en font, on ne reproche rien au Murph… Hyrox et CrossFit se complémentent bien. »
Sur le terrain, les passerelles sont d’ailleurs de plus en plus visibles. De nombreux pratiquants de CrossFit se testent désormais sur HYROX ®, tandis que certaines box proposent des cours spécifiques pour préparer la compétition. Daniel Chaffey, importateur du CrossFit en France dans les années 2010, va même plus loin : « Il n’y a pas de meilleur endroit qu’une box pour préparer l’Hyrox. On enseigne les bonnes mécaniques et ça permet de devenir plus efficace. »
Deux philosophies très différentes
Si la confusion persiste, c’est surtout parce que les deux disciplines ne reposent pas sur la même logique.
Le CrossFit est une méthodologie d’entraînement structurée, pensée pour développer toutes les qualités physiques : force, endurance, agilité, gymnastique ou encore haltérophilie. L’objectif ultime ? Trouver les athlètes les plus complets lors des CrossFit Games.
HYROX ®, lui, propose une épreuve standardisée : 8 kilomètres de course entrecoupés de huit exercices toujours identiques. Ici, pas de surprise dans le format, la performance se mesure directement au chrono.
Daniel Chaffey résume cette différence avec lucidité pour L’Equipe : « Ce n’est pas une méthodologie comme le CrossFit, c’est un test. Un bon test, mais comme tout test, il a ses limites aussi. »
Comparer les deux reviendrait presque à opposer des sports qui ne poursuivent pas le même but.
Willy Georges illustre cette idée avec une image parlante : « C’est presque comme si on disait : ‘Michael Phelps, sur 100 m, il se fait défoncer par Usain Bolt.’ Ça n’a pas de sens. L’objectif n’est pas le même. »
Nouveauté et manque de compréhension
Comme souvent dans le sport, l’arrivée d’une nouvelle discipline bouscule les habitudes. Pour Maxime Villalongue, directeur de HYROX ® France, la tension initiale était presque inévitable; comme il l’affirme pour L’Equipe : « Comme toute nouveauté, l’Hyrox inquiète gentiment. La non-compréhension de la discipline a donné lieu à des remarques un peu simplistes… C’est plus de l’ego qu’une haine véritable. »
Le changement de référentiel peut déstabiliser : là où certains CrossFitters se distinguent par leurs performances en haltérophilie ou en gymnastique, HYROX ® met davantage en avant la capacité à courir vite et longtemps : « Quand tu es une star parce que tu fais 200 kg au soulevé de terre… et que la référence devient plutôt de faire 37 minutes au 10 km, ça fait un peu ch**er. »
Mais aujourd’hui, beaucoup estiment que ce cap est en train d’être franchi : « Aujourd’hui, l’Hyrox nourrit le CrossFit. Moi, dans mes trois salles, on a des cours adaptés pour l’Hyrox. »
Créé en 2017, HYROX ® a grandi à une vitesse impressionnante. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : certains événements rassemblent désormais des dizaines de milliers de participants.
Pour Maxime Villalongue, il ne s’agit pas d’une simple mode : « C’est tendance mais ce n’est pas qu’une tendance. Si la mode s’essouffle, il restera le sport en lui-même. On a des pros payés pour faire des Hyrox. On a même 2032 en ligne de mire… les Jeux Olympiques de Brisbane. HYROX a créé un sport, le fitness racing. »
Cette croissance rapide a toutefois quelques effets secondaires : arrivée massive de nouveaux pratiquants dans les box, ajustements organisationnels encore nécessaires, ou critiques sur le niveau technique des participants. Mais même les observateurs les plus expérimentés reconnaissent la progression : « Lors de l’Hyrox que j’ai fait en décembre, j’ai pris une vingtaine de no rep, je n’ai pas trouvé que c’était laxiste ! » plaisante Willy Georges.
Si les crispations existent encore, elles semblent surtout liées à l’arrivée d’un nouvel acteur dans un écosystème déjà bien installé. L’histoire du sport montre pourtant que les disciplines capables de coexister finissent souvent par se renforcer mutuellement. En effet, le HYROX ® est en pleine ascension et a même réalisé un record d’affluence à Londres en 2025.




